Le Concept 
J’ai “fait du graffiti” parce que c’était interdit.

Depuis le début ce qui m’intéresse dans le graffiti n’est pas tant le résultat que le geste lui-même dans ce qu’il a de transgressif. La thématique de “l’interdit” du “ça ne se fait pas” a toujours été et reste, la base de mon travail.

Dans l’univers du graff il y a une pratique qui m’interpelle en tant qu’artiste contemporain. C’est le toy*. C’est à dire bomber sur le graff d’un autre. Ce geste est un acte radical qui possède le paradoxe d’être à la fois le degré zéro du graff mais en même temps l’essence originelle de ce mode d’expression. Il exprime la rébellion et le “bravage” de l’interdit. Celui qui se risque à toyer le graff d’un autre est bani…je l’ai expérimenté moi-même par cohérence avec ma démarche.

Depuis début 2017, j’ai décidé que mes peintures seraient inachevées tant qu’elles ne seraient pas « toyées », soit par moi-même avant la sortie de l’atelier, soit lors des vernissages ou durant des expositions par des graffeurs ou de simples visiteurs.

En m’effaçant en tant qu’artiste et en acceptant de confier à d'autres l'achèvement de mon travail, ma peinture se nourrit de la libre expression collective. Le toy* accède ainsi au rang d’art, tout en restant anonyme et incontrôlable. Dans le cas où ce sont des graffeurs qui "toyent" mes peintures, alors que la pratique leur est habituellement interdite, c’est pour moi la preuve d'une véritable performance transgressive. La boucle est ainsi bouclée.

 

Le projet
je suis à la recherche de lieux d’exposition d’art contemporain pour exposer 12 œuvres inachevées sur bâches PVC de 150x150 cm afin qu’elles soient livrées au toyage par les visiteurs et les invités. Une intervention ponctuelle sur une soirée entre deux expos programmées pourrait convenir.

L’objectif
Tester, affiner le concept et constituer de la matière photo et vidéo afin de réaliser un dossier argumenté et sérieux pour proposer ma démarche et mon travail à des galeries et lieux d’art contemporain en France et à l’international.
Les interventions seront filmés mais aussi les réactions des personnes actives ou présentes pour avoir leurs émotions et leurs avis sur le concept.

 

Style de lieux recherchés
(contraintes>de grands murs et de l'éclairage) :
       - Institut culturel
       - Centre d'art contemporain 
       - Galerie d’art contemporain

 

> Voir la vidéo d'exemple d'un premier toyage public réalisé en juin 2017 à l'Atelier 10

 

*LE TOY
Vient du mot anglais « toy » signifiant « jouet », « gadget » et par extension « bidon » sans valeur. Les initiales TOYS apposées sur un graff signifient « Tag On Your Shit »
Cette pratique du toy est née à New York dans les années 70 où chaque gang s’accaparait une ligne de train, de métro ou un quartier. Pour provoquer le gang adversaire on écrivait « toy » dans leur territoire.
Le toy est donc un acte synonyme de provocation qui a plusieurs significations :

       - repasser ou dégrader le tag ou le graff d’un autre signifie qu’il est perçu comme un concurrent et qu’on ne l’apprécie pas. C’est un acte de vengeance ou de jalousie.
       - cela peut être aussi une manière de le ridiculiser et de lui signifier que sa production est médiocre. Dans ce cas, la mention « toy » s’apparente au stylo rouge du professeur signifiant à l’autre
qu’il manque d’expérience et/ou de talent. Dans le monde du graff « toyer » est donc un acte de communication. Mais c’est surtout une des pires injures pour un graffeur.
Le « toy » a ses propres règles : 
      - ne pas toyer un lettrage complexe par un simple flop
      - ne pas toyer un graffeur plus expérimenté ou plus reconnu 
      - et surtout éviter la provocation ultime qui consiste à ne recouvrir que partiellement la production d’un autre. Quand on tague sur un autre la moindre des choses c’est de le recouvrir totalement
et proprement sinon c’est une manière de le souiller.